Beatriz Gutierrez: « Salomé une présentation, re-présentation de la transgression »

Mis en scène par Beatriz Gutierrez dans le cadre d’une résidence de recherche à la Comédie De l’Est, le laboratoire nommé Diptyque Salomé – Je rentre à la maison a eu lei à la Comédie de l’est CDE centre dramatique régional d’Alsace, du 10 janvier au 10 février 2012.  La résidence s’est poursuivie au Théâtre Hall Des Chars à Strasbourg du 5 au 9 mars 2012.  Le spectacle dans sa version finale sera joué en 2014. Lieu à préciser.

Virginie Pouzet-Duzer : Pour commencer, pourriez-vous tout simplement nous dire qui est Salomé pour vous et pourquoi vous l’avez choisie parmi tant d’autres figures mythiques ?

Beatriz Gutierrez : Elle pour moi une jeune femme qui vit dans un cadre hostile et duquel elle veut s’affranchir. C’est un personnage en rupture avec ses relations familiales. Pour rompre avec son entourage elle va entrer dans une nouvelle relation avec une nouvelle représentation de l’homme, Iokanaan, qu’elle finira par détruire. A partir de cette idée, j’aborde les thèmes de l’inceste, du silence, de la révolte. La question du  physique de Salomé avec les personnes de son entourage est une constante dans les recherches sur le plateau. Elle est pour moi un personnage solaire. J’ai fais sortir Iokanaan de la citerne pour renforcer l’idée d’enfermement le rendant prisonnier de ses pensées et de ses propos. Ses paroles exposées ainsi publiquement me servent à critiquer et à répudier son idéologie. Et pour répondre à la deuxième partie de votre question, j’ai choisi Salomé après avoir travaillé sur Médée, à partir du texte de Heiner Müller MédéeMatériau, composé aussi de Paysage avec Argonautes et Rivage à l’Abandon.

VPD : Y-a-t-il une Salomé littéraire ou une Salomé picturale ou cinématographique qui vous a inspiré plus qu’une autre ?

BG : Non, je me suis inspirée plutôt inspirée des informations sur de femmes lapidées ces cinq dernières années. Je voulais les voir se remettre debout et demander la tête de leurs tortionnaires.

VPD : Est-ce parce que tout a été dit et montré et mis en scène sur le mythe de Salomé que vous avez opté pour le format du diptyque ? Quel est le but de ce « dédoublement » de votre spectacle ?

BG : Non bien sûr que non. Mon but était de prouver à Iokanaan que ses propos n’empêcheront pas les femmes de vivre comme elles le veulent. Le choix de ce diptyque trouve son origine dans la volonté de deux personnages féminins de rompre les liens qui les attachent à d’autres personnages pour s’émanciper. Dans les deux textes qui ont servi de source au spectacle, les femmes sont dans la volupté et leurs propos teintés d’érotisme les réunissent. L’une sera tuée, l’autre marchera dans les rues, anonyme. Le but était de présenter, comme dans un miroir, les comportements de ces deux jeunes femmes et de laisser le public être témoin de leurs actions. Comme les deux textes sont des pièces de mœurs, ce sont des thématiques actuelles. Salomé et la femme peuvent fonctionner comme des archétypes féminins d’aujourd’hui. Le discours d’Iokanaan sur l’impudicité fonctionne lui comme un ensemble de propos abominables. Il est de notre ressort de ne pas le laisser se répandre. Salomé en décidant sa mort libère la deuxième femme du jugement sur les femmes.

VPD : Vos notes d’intention de mise en scène (voir résumé en français et en anglais joint) mettent l’accent sur la question de l’écrit, sur son caractère essentiel. De quelle manière êtes-vous parvenue à rendre compte de cette dimension « textuelle » sur scène ?

BG : La comédienne qui jouait Salomé devait écrire, ou graver, son histoire sur le torse nu d’Iokanaan, puis elle devait aussi écrire sur son propre corps. Les corps deviennent les lieux où les mots vont devenir cicatrice et serviront de témoignage.  Lors de mes travaux sur Médée, l’incendie était montré par une diffusion vidéo de lave jaillissant d’un volcan sur le corps de la comédienne. Écrire sur son corps ou sur le corps d’autrui, cela revient à laisser une trace indélébile jusqu’à la mort.

VPD : Aviez-vous une certaine Salomé à l’esprit avant de mettre en scène le spectacle ? En d’autres mots, avez-vous demandé à l’actrice qui jouait le rôle de cette dernière d’incarner un certain type de danseuse ? Vous serait-il possible de nous en dire davantage sur ce que vous attendiez de ce personnage particulier ?

BG : J’ai toujours en tête une Salomé brillante, solaire, intelligente, impulsive, ces adjectifs, entre autres, définissent le caractère de ce personnage. La danse est le résultat de ce caractère. Il incombait donc à la comédienne d’expérimenter la danse comme un processus servant à montrer le caractère du personnage. Il fallait travailler sur l’amplitude, sur la force d’un aimant.

VPD : Avez-vous choisi des couleurs, des sons, des textures pour votre spectacle ?

BG : Oui : des couleurs vives, des fruits frais sur scène, de l’eau, de sceaux métalliques.

VPD : Pensez-vous qu’il y ait une prévalence de l’image, du mouvement, de la danse sur les mots dans le mythe ? Y-a-t-il une dimension qui vous tient plus à cœur (la question du regard ? la musicalité ? la chorégraphie ? etc.) ?

BG : Je pense que l’intention du texte est prioritaire, parce que toutes les informations sont dans les mots du texte. La forme scénique découle de nécessités idéologiques. Dans le cadre de mon travail de recherches sur Salomé, c’est la question de discours des personnages qui me tient à cœur : les mots tissent l’histoire et les personnages, ils modifient les objectifs des personnages et ceux de l’histoire. J’ai besoin d’observer et d’utiliser les modifications de sentiment, d’attitude, d’atmosphère, etc.

VPD : Et enfin, le mythe de Salomé vous paraît-il toujours d’actualité ?

BG : Oui, oui, oui. Des Salomés il y en a tous les jours, partout dans le monde. Les journaux ou internet vous le prouveront. Elles veulent vivre, elles veulent aimer, ce sont de combattantes, sans âge, le feu est en elles, elles croient en leurs rêves!

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