Virginie Pouzet-Duzer: Introduction

C’est dès l’été 2011 que l’on lança l’appel bilingue pour ce numéro spécial des Oscholars. Les propositions reçues furent nombreuses – preuve, s’il en était besoin, que les jeux de voiles du mythe continuent de fasciner. Et pour choisir et sélectionner les futurs articles d’une publication paraissant  cent-vingt ans après la première londonienne de la pièce d’Oscar Wilde, il fallut se décider à fixer une ligne éditoriale. Il fut ainsi convenu que les propositions les plus originales seraient celles retenues – de sorte que les habituels Flaubert, Mallarmé et Laforgue sont absents de la table des matières d’un numéro qui a souhaité donner la part belle aux images de Salomé, soient-elles affaire de bande dessinée, de cinéma, de théâtre ou de jeux vidéo.

Outre des travaux bibliographiques courageusement entrepris par David Rose (sans qui ce numéro spécial autour du mythe de Salomé n’aurait jamais eu lieu, et dont il nous faut louer la confiance et la ténacité), ce recueil virtuel comprend dix-neuf contributions. L’ouverture initiale s’intitule « éclats invités ». Le lecteur y trouvera des textes inédits et originaux qu’ont accepté de nous confier cinq invités, tous érudits chercheurs et éminents spécialistes du mythe de Salomé.

Atsuko Ogane évoque ainsi une étrange « Hérodiade aux lunettes », Rhonda Garelick la Salomé électrique que fut Loie Fuller, Rosemary Yeoland la version française de la Salomé de Strauss, Petra Dierkes-Thrun l’adaptation en bande dessinée du mythe de Salomé par P. Craig Russell, et Erik Haskell nous offre une délicieuse variation salomesque en sept ekphraseis – qui sont autant de voiles virevoltant entre textes et images.

La première partie du numéro est consacrée essentiellement aux textes du mythe de Salomé. Adriano Duque montre l’importance de la légende de Salomé dans la Péninsule Ibérique, en rappelant combien y sont tangibles les tensions entre les traditions hébraïques, catholiques et musulmanes. S’appuyant sur l’utilisation avisée du logiciel Hyperbase, Francesca Cavazza révèle que l’importance du regard dans le mythe de Salomé est affaire de lexique. Myriam Robic s’arrête quant à elle sur les célèbres Salomé poétiques de Théodore de Banville. Elle y retrouve l’hypotexte d’Heinrich Heine avant de montrer que les reprises ultérieures par Jean Lorrain furent sans doute parodiques. Toujours du côté de la fin de siècle, Sharon Larson consacre son article à l’influence fatale de la figure décadente et « dansante » de Salomé dans le roman Le Possédé de Camille Lemonnier. Et Jennifer Spitzer, qui s’intéresse elle aussi à la danse, établit que l’absence-présence de la chorégraphie des sept voiles au cœur de la pièce d’Oscar Wilde a participé à la création du mythe de Salomé. Sandra Cheilan révèle enfin qu’une Salomé peu connue, trouvée sous la plume de Pessoa, nous permet d’assister à la genèse d’une fiction.

Interlude parce que situé au point de contact entre littérature et peinture, l’article de Christophe Cosker fait de Salomé la voluptueuse ancêtre des strip-teaseuses – cette « mother of them all » qu’aurait chantée Virginia O’Brian.

La deuxième partie du numéro traite de quelques adaptations cinématographiques du mythe de Salomé. Joanna Rajkumar y évoque les films de Charles Bryant et de Carmelo Bene. Chloé Delaporte, s’arrêtant avec précision et soin sur la Salomé de William Dieterle, met Rita Hayworth joliment en lumière. Bien loin des paillettes hollywoodiennes, Yaël Hirsch retrouve quant à elle une trace tangible et éminemment « actuelle » sinon moderne de Salomé, dans Portier de Nuit de Liliana Cavani. Et passant du thème bien présent aux fragments de souvenirs, Pamela Ellayah nous révèle l’existence de restes salomesques dans le Dracula de Francis Ford Coppola.

Ce numéro spécial se clôt par une troisième et ultime partie essentiellement multimédia. Thomas Morisset y présente une intéressante approche vidéo-ludique du mythe de Salomé. Emily Lombi s’intéresse à la Salomé mise en scène par André Engel pour la saison 2011-2012 de l’opéra Bastille, et s’entretient à ce sujet avec la comédienne Nathalie Chikhaoui. D’une interview l’autre, se trouve enfin transcrite une entrevue virtuelle avec Beatriz Gutiérrez, autour de la question de mise en scène contemporaine du mythe de Salomé.

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