Myriam Robic: Genèse et influence des Salomé de T. de Banville, de Henri Heine à Jean Lorrain

C’est dans le sillage de Heine qu’un certain nombre de poètes mettent en scène le mythe de Salomé à partir des années 1850.[i] Ce dernier fait ainsi irruption dans la poésie dite parnassienne qui raffole de ces « fantômes qui éveillent toutes les idées de triomphe, d’orgueil, d’amour, de joie, de puissance, de sang versé, et de robes d’or éclaboussées de pierreries » (Banville 237). Parmi ces poètes figure Théodore de Banville qui aura une grande influence sur l’œuvre de Mallarmé notamment sur Hérodiade[ii] et sur la décadence poétique. Dès ses premières œuvres poétiques, Banville semble fasciné par le mythe de Salomé et invoque tour à tour les prénoms de la mère et de la fille en les faisant fusionner dans l’espace du poème : Salomé et Hérodiade ne font alors plus qu’un, à l’image du texte fondateur de Heine. Le premier recueil intitulé Les Cariatides (1842) joue sur l’allusion mythique (« Les Baisers de Pierre »[iii] et « A une muse folle »[iv]) tout comme le second recueil (Les Stalactites, 1846). En effet, le poème intitulé « Pour Mademoiselle*** » cite en épigraphe un passage clé de l’Évangile selon saint Marc qui reprend les principaux éléments narratifs du mythe en remontant à ses sources bibliques : ce choix se justifie par le sujet très « chorégraphique » et syncrétique du poème à une époque où le thème de la danse est particulièrement prisé par la poésie à l’image du « Serpent qui danse », du poème « Avec ses vêtements ondoyants et nacrés » de Baudelaire, d’« Inès de la sierra » de Gautier ou de « Pour Mademoiselle*** » de Banville[v] – en ce sens, Salomé se voit associée à d’autres danseuses mythiques (les Bacchantes, les prêtresses d’Inde, Salammbô, Carmen, Cléopâtre…).

Mais c’est surtout dans son recueil hellénique des Exilés que Banville fait processionner dès 1867 des « Princesses fort inquiétantes »[vi] dans des sonnets réguliers conformes à ses propos sur le sonnet dans le Petit Traité de poésie française[vii]. Virginie Pouzet-Duzer affirme, à ce sujet, que « force est de constater que la majorité des poètes voulant évoquer Salomé dans les années 1870-1900 eurent recours au sonnet » (Pouzet-Duzer 59-76) et Banville est l’un des premiers, sinon le premier, à se lancer dans cette aventure poétique. Ces textes sur des femmes fatales à l’apogée de leur gloire sont ensuite republiés en 1874 dans un recueil consacré intégralement aux Princesses suivantes : Pasiphaé, Omphale, Médée, Antiope, Hélène de Troie, la Reine de Saba, Cléopâtre, et Hérodiade… Et cette Salomé-Hérodiade d’entrer dans cette liste de femmes fatales non plus exécrées mais adorées, avec le sonnet éponyme « Hérodiade »[viii]. Un autre sonnet (« La Danseuse. À Henri Regnault ») sera publié dans Le Diable en 1870 puis dans les Rimes dorées (1875), recueil d’hommage aux artistes contemporains de Banville : Salomé y est représentée par le biais de l’ekphrasis du tableau de Regnault, Salomé la danseuse, tenant le bassin et le couteau devant servir à la décollation de saint Jean-Baptiste[ix], qui se présente finalement comme un prétexte pour représenter une nouvelle fois le mythe[x] tout en suivant un « traitement iconographique nouveau » : cette Salomé qui se superpose à la figure de Carmen est « une Salomé d’avant et non d’après la décollation comme il était d’usage, ce qui rend son fameux sourire particulièrement cruel ».[xi]

Les références au mythe d’Hérodiade sont également fort nombreuses dans l’œuvre journalistique,[xii] critique, comme dans les contes et les écrits plus autobiographiques tels que Mes Souvenirs. Ainsi, lorsque le mythe est évoqué, le poète se réfère presque systématiquement à l’Évangile selon saint Marc et/ou à Heine.[xiii] C’est pourquoi, si quelques études se sont attachées à l’analyse du célèbre sonnet-ekphrasis dédié à Regnault ou au sonnet des Princesses qui constituent les textes plus connus de Banville sur le sujet si l’on se réfère à la réception des textes et aux ouvrages publiés sur le mythe de Salomé, rares ont été les travaux portant sur l’intertextualité[xiv] alors que nombre de critiques signalent l’influence des poèmes de Banville sur les mises en scène poétiques fin-de-siècle. Nous montrerons ainsi en quoi la représentation banvillienne de cette belle dame sans merci fortement imprégnée du texte fondateur de Heine, influence avérée à l’époque, entraîna une série de fines parodies de Lorrain.

Atta Troll, hypotexte des Salomé de Banville ?

Les lectures et fréquentations de Banville ne cessent de plonger le poète dans l’univers de Salomé. Passionné par Heine, il lit Atta Troll, poème composé en 1841 et traduit par Heine lui-même en 1847,[xv] dont un passage figure en épigraphe du premier sonnet consacré intégralement à la figure de la princesse, « Hérodiade ». Pour Mario Praz, pas de doute possible : Atta Troll est bel et bien l’hypotexte du sonnet des Princesses mais le critique ne se fonde sur aucun argument précis.[xvi]

Outre l’épigraphe qui révèle parfois, chez Banville, la source du poème,[xvii] elle ne possède pas à elle seule le monopole des références intertextuelles qui sont à rechercher au sein même du sonnet. Dès le premier vers, Banville emprunte, en effet, à Heine tout un réseau métaphorique. Banville compare ainsi les yeux de la princesse à une source fraîche au milieu du désert (« Ses yeux sont transparents comme l’eau du Jourdain »[xviii]) – lieu où le poète masculin va puiser sa source d’inspiration vitale –, image qui rappelle la comparaison des « membres souples et frais » à « un palmier dans une oasis » (Heine). Quand les « douces lèvres » d’Hérodiade étaient comparées à « des grenades » dans Atta Troll, celles-ci se voient toujours dotées de cette couleur pimentée (« lèvres écarlates ») chez Banville. Quant à la métaphore du lis utilisée par Heine (« un nez de lis »), elle ne pouvait que rayonner au sein du sonnet de Banville qui affectionne particulièrement cette métaphore florale reprise ici pour décrire la perfection des dents d’Hérodiade qui « pour la blancheur » sont pareilles « aux lys orgueilleux du jardin »[xix]. Les métaphores florales et l’image de la « vierge en fleur » ainsi suggérée deviendront des lieux communs des mises en scène ambiguës ou paradoxales de Salomé : la rose sensuelle versus le lys pur et virginal à l’image des « Fleurs » (Mallarmé)[xx] qui semble un « pastiche de Banville » (Bellet 72). L’insouciance de Salomé, sa jeunesse et sa désinvolture macabre sont brossés en deux alexandrins dans le sonnet banvillien,[xxi] rappelant ainsi le motif de la « wilde jagd » dans Atta Troll : « étrange caprice de femme, elle lance la tête dans les airs en riant comme un enfant ». Le dernier tercet de « La Danseuse » dédié à Regnault, texte plus tardif, renvoie lui aussi très certainement à cette représentation de la femme fatale-enfant (« fragiles poupées », « joujoux flamboyants »). Dans le sonnet des Princesses, la présence de l’esclave noir reprend aussi l’hypotexte heinéen dans lequel « deux nègres » trottaient à côté du personnage.

D’autres poèmes banvilliens fonctionnent comme de vrais clins d’œil à Atta Troll à l’image d’« À une muse folle » qui cite les personnages fétiches de Heine : « Où près d’Hérodiade avec la fée Habonde/ Chasse Diane au front d’argent ». En effet, ces trois personnages récurrents symbolisent « the three worlds that meet in his poetry »: «The goddess Diana represents the Hellenic world, the fairy Abunde that of Germanic and Celtic legend, and the princess Herodias the world of biblical and post-biblical Judaïsm ».[xxii] De plus, Heine se voit constamment nommé dans les œuvres poétiques de Banville[xxiii] – un dizain lui est consacré dans Les Cariatides –, dans les textes critiques et les portraits contemporains.[xxiv] Dans Mes Souvenirs, Banville exprime sa délectation à la lecture d’Atta Troll, « type du poème moderne » dont il s’inspirera vraisemblablement selon M. Fuchs[xxv] (Fuchs 85), en usant d’une comparaison à la fois triviale, comique et provocante (la tête coupée de Jean-Baptiste est comparée à une orange[xxvi] que l’on lance comme une balle) qui n’est pas sans rappeler l’ironie et l’humour noir de Heine qui comparait déjà le chef sanglant à une balle lancée dans les airs par Hérodiade.[xxvii] Si Atta Troll semble bien faire figure d’hypotexte des Salomé banvilliennes, le poète met de côté un des aspects novateurs du texte de Heine : l’amour de Salomé pour Jean-Baptiste et le fameux motif du baiser sur le chef sanglant.

Les sonnets de Lorrain : hommage ou parodie ?

Malgré l’influence incontestable de Heine, les poèmes banvilliens ont très vraisemblablement marqué la décadence poétique, et Jean Lorrain dédie plusieurs sonnets dits « polaires » de L’Ombre bleue – composés d’un tercet, de deux quatrains suivis d’un tercet – à l’attention de Banville : ces textes avaient déjà été publiés en 1883 dans La Forêt bleue chez l’éditeur des parnassiens, Alphonse Lemerre. La section intitulée « Le Pays des fées » qui comporte 9 sonnets, n’est autre qu’une galerie de portraits féminins sur le thème de la mythologie grecque, biblique et celtique ou médiévale (« Diane », « Hérodiade », « Dame Habonde », « Viviane », « Tiphaine », « Oriane »,  « Mélusine », « Morgane ») qui rappelle l’entreprise des Princesses. Sur les 9 sonnets de Lorrain, 3 sont dédiés à Banville (« Diane », « Hérodiade », « Dame Habonde ») pour des raisons évidentes : les trois « déesses » qui constituent les titres des sonnets de Lorrain sont les personnages emblématiques de l’univers poétique de Heine.[xxviii] La dédicace des trois textes semble ainsi des clins d’œil aux nombreuses variations poétiques banvilliennes sur Salomé/ Hérodiade influencées par Heine : la reine y est métamorphosée en sorcière voire en bête de l’Apocalypse qui chevauche en plein ciel « sur des balais fourbus » à l’image de l’hypotexte heinéen.

Dans le sonnet intitulé « Hérodiade » dédié à Banville, Lorrain use de la rime « Hérodiade »/ « Grenade » qui rappelle, d’un point de vue sonore, la comparaison heinéenne des lèvres d’Hérodiade à des « grenades » : « De douces lèvres comme des grenades », image reprise par Mallarmé pour rendre hommage aux pouvoirs de l’onomastique. Ce dernier qualifie, en effet, son Hérodiade de « mot sombre et rouge comme une grenade ouverte ».[xxix] Banville lui-même avait déjà eu recours à ce lieu commun dans « Les Baisers de Pierre » des Cariatides, texte daté de 1841 (qui mentionnait Hérodiade) : de pâles enfants « dont la lèvre, prompte à nous incendier,/ A pris sa folle pourpre aux fleurs du grenadier ». La comparaison apparaissait aussi dans Salammbô dont la bouche est rose « comme une grenade ouverte » et l’on sait que Lorrain, ami et grand admirateur du peintre Gustave Moreau qui appréciait beaucoup les Trois Contes et Salammbô de Flaubert, y a été certainement sensible[xxx] : en effet, La Forêt bleue est un recueil profondément marqué par Moreau (plusieurs ekphraseis lui sont dédiées). On remarque d’ailleurs que Lorrain a bien pris soin d’isoler le sonnet dédié à Flaubert ainsi que ceux dédiés à Moreau dans « L’Ombre ardente ». Quant à ceux dédiés à Banville, ils se trouvent dans « L’Ombre bleue ». Mais Lorrain avait-il réfléchi à cette architecture signifiante (section d’hommage/ section parodique) ?

Autre hypothèse. Lorrain a pu exploiter le sonnet dédié à Flaubert dans une perspective ironique : le portrait banvillien d’Hérodiade semble tourné en dérision par un retournement symbolique annoncé par le recours à une hypallage. Si les doigts d’Hérodiade sont mis en valeur par les pierreries notamment l’améthyste[xxxi], c’est le plat qui devient d’améthyste et le sang de Jean-Baptiste qui se fait bijou par la métaphore de la perle chez Lorrain[xxxii]. La rime « améthyste »/ « Jean-Baptiste » devient alors sémantique. La femme-bijou disparaît au profit de la minéralisation de la tête du saint. On peut bien évidemment se demander s’il s’agit d’une parodie de la poésie des pierres précieuses à l’image de la parodie de la poésie des fleurs proposée par Rimbaud. Certains vers adressés à Banville pourraient le laisser penser et il est probable que Lorrain ait songé au recueil de Banville intitulé Améthystes.

Ainsi, lorsque l’on va plus loin, on se rend compte que, contrairement au poème dédié à Flaubert, les textes dédiés à Banville ne sont, quant à eux, pas si élogieux que cela. Les quelques références à la poésie banvillienne qui s’y trouvent, telle la figure des dieux exilés dans « Diane », s’avèrent être des réminiscences de Heine[xxxiii]. C’est au lecteur de Heine qu’est Banville que semble se référer Jean Lorrain qui se rappelle du Petit Traité de poésie française[xxxiv] (1872) dans lequel le poète faisait justement référence aux trois divinités mythologiques (Hérodiade, Diane, la fée Habonde) de L’Ombre bleue. On sait, de plus, que Baudelaire avait déjà raillé cette admiration sans borne pour Heine dans « L’École païenne » (1852) qui vise très certainement Banville.[xxxv] Chez Lorrain, le choix du sonnet polaire pourrait être interprété comme un geste provocateur à l’égard de celui qui prône le recours au sonnet régulier a fortiori dans Les Princesses et le Petit Traité. Et l’on sait que Lorrain est souvent resté fidèle à une « versification régulière » en dépit de l’avènement du symbolisme.[xxxvi] En dédiant un sonnet irrégulier à Banville et en truffant son texte de références à Heine, Lorrain savait ainsi que le fin lecteur reconnaîtrait la parodie. Pour autant, la parodie se présente, chez Banville, comme un hommage au génie si l’on se réfère aux Odes funambulesques et aux parodies des Orientales de Hugo. S’agissait-il alors pour Lorrain, descendant et ami de quelques parnassiens,[xxxvii] d’adresser une parodie « élogieuse » à Banville ? Il reste bien peu de traces des relations entre Banville et Lorrain à l’exception de quelques mentions très furtives dans la Correspondance de Lorrain,[xxxviii] des sonnets cités et de quelques autres publiés dans Le Sang des Dieux[xxxix] en 1882. Lorrain s’abandonnera, de plus, à d’autres tentatives parodiques : en effet, il réutilisera la poésie banvillienne à des fins parodiques dans Modernités (Mortelette 250), lorsqu’il se comparera à un « clown ébloui tombé du faîte ».

Banville voyait en Hérodiade « celle dont le grand Heine fut le dernier amoureux ».[xl] Après Heine, Banville ne se considérait-il pas comme celui qui pouvait perpétuer cet amour pour Hérodiade ? Le mythe de Salomé a-t-il seulement été pour Banville l’objet d’un jeu intertextuel, d’une réécriture ou un simple moyen de s’exercer à la transposition d’art ? Difficile de savoir où se trouve la vérité. Pour Banville et pour d’autres poètes comme Théophile Gautier, le motif de la tête coupée fait écho à la tête d’Orphée : « Sur la grande lyre aux cornes rouges repose la tête d’Orphée, comme celle de Saint Jean-Baptiste sur son plat aux mains d’Hérodiade ».[xli] Le corps sacramental déposé sur la coupe ou sur la lyre, n’est autre que la matérialisation d’une « disparition fondatrice » et symbolique qui annonce une résurrection, celle de la parole sacrée du prophète et du chant divin du poète. Et Banville d’évoquer le mythe de Salomé comme une invention du peintre-poète qui se trouve fatalement impliqué dans ce meurtre et à travers lequel il reconnaît son propre sang dans un conte intitulé « L’Armoire ».[xlii] Danseuse des sept voiles, Salomé est, en effet, un vrai personnage méta-poétique qui « danse sur la corde raide » du vers : comme la poésie, elle est « à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Eloquence » (PTPF 9).

Bibliographie

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Marchal, Bertrand, Salomé, entre vers et prose, Éditions Corti, 2005.

—, Moreau par ses contemporains, Les Éditions de Paris, 1998.

Mortelette, Yann, « Jean Lorrain et la poésie parnassienne », Jean Lorrain, produit d’une extrême civilisation, sous la dir. de Jean de Palacio et E. Walbecq, Presses Universitaires des Universités de Rouen et du Havre, 2009.

Pouzet-Duzer, Virginie, « Peinture, tissage, sonnets : figures de Salomé », Le Sonnet et les arts visuels : dialogues, interactions, visibilité, éd. Bénédicte Mathios, Peter Lang, 2012.

Prawer, S.-S., Heine’s Jewish Comedy, Oxford, Clarendon Press, 1983.

Praz, Mario, La Chair, la mort et le diable. Le Romantisme noir, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1999.

Robic, Myriam, Hellénismes de Banville : mythe et modernité, Paris, Champion, coll. « Romantisme et Modernités », 2010.

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[i] A ce sujet, lire « A Madrid », poème de Théophile Gautier daté de 1843 qui fera l’objet d’un futur article.

[ii] Voir Bertrand Marchal.

[iii] « Hérodiade, svelte en ses riches habits,/ Portant sur un plat d’or constellé de rubis/ La tête de saint Jean-Baptiste qui ruisselle,/ Nous résume très bien l’histoire universelle ; » (Les Cariatides).

[iv] Notre « Eldorado rêvé, le pays chimérique » « Où près d’Hérodiade avec la fée Habonde/ Chasse Diane au front d’argent ! » (Les Cariatides).

[v] Si, dans la plupart des poèmes de Banville, la danse n’est pas mentionnée à propos de Salomé ou d’Hérodiade, le poème « Pour Mademoiselle*** » fait bien figure d’exception. Il s’agit d’un poème qui rend hommage aux grandes danseuses de l’histoire avec un clin d’œil à la danseuse originelle qu’est Salomé puisque Banville utilise la référence à l’Evangile en guise d’épigraphe.

[vi] M. Dottin-Orsini, Cette Femme qu’ils disent fatale, Grasset, 1993, p. 26.

[vii] « Il faut toujours préférer le sonnet régulier au sonnet irrégulier, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial » (PTPF, p. 197).

[viii] Ce sonnet est publié en 1856 dans L’Artiste, puis dans Les Princesses en 1874.

[ix] Banville ne mentionne le nom de « Salomé » que dans le cadre du sonnet-ekphrasis dédié à Regnault dans les Rimes dorées. Toutes les occurrences du mythe renvoient au nom d’Hérodiade. Roger Bellet revient sur le choix de ce nom par Mallarmé : « Hérodiade est un nom choisi aussi parce que précisément, comme tel, il n’évoque pas la tête tranchée de saint Jean, ni le plat sanglant ; parce qu’il repousse Salomé et rejette la danse, “cause” de la décapitation » (Roger Bellet, p. 73).

[x] Le tableau sera évoqué à nouveau dans les Idylles prussiennes (« Henri Regnault ») avec des connotations patriotiques puisque le peintre Henri Regnault meurt sur le champ de bataille de Buzenval, tué d’une balle au front, le 19 janvier 1871 pendant la guerre franco-prussienne.

[xi] Mireille Dottin-Orsini précise que Banville restituera, dans son sonnet, ce que le tableau ne montrait pas : le sang, la tête coupée pour enfin apostropher toutes les femmes (« Salomé d’Henri Regnault, genèse et description d’un tableau légendaire », Textes, Images, Musiques).

[xii] Consulter la critique du tableau d’Henri Regnault : « Salon de 1870 » (Le National, 16 mai 1870) et « Henri Regnault : exposition de son œuvre aux Beaux-Arts » (Le National, 29 mars 1872), in Critique littéraire, artistique et musicale choisie, tome I, p. 342 et p. 346. Voir aussi « Gustave Flaubert : Trois Contes » (Le National, 14 mai 1877), tome II, p. 88.

[xiii] Sur ce point, voir « Pour Mademoiselle*** » dans Les Stalactites et le conte « L’Armoire » dans Les Parisiennes de Paris : « Mais celle-ci, la plus chérie de toutes, celle dont le grand Heine fut le dernier amoureux, suivant sa chasse par les nuits d’étoiles, et, le jour, s’asseyant sur la pierre de son tombeau ; celle-ci, la fille d’Hérodiade, que pare la grâce ingénue du meurtre, vivante figure de l’Asie sanglante et voluptueuse, noyée dans les parfums, celle-ci n’est-elle pas vêtue d’étoffes plus riches que ses deux compagnes, n’a-t-elle pas des yeux plus fauves et des cils plus soyeux, ne porte-t-elle pas au cou des perles plus rares ? Celle-ci, le génie du peintre l’a créée tout entière, car l’évangile de Saint Marc ne contient pas à propos d’elle un seul mot de description […] » (Les Parisiennes de Paris, p. 141). Consulter également les Esquisses parisiennes : « Henri Heine m’a vue en Hérodiade capricieuse, portant sur un plat d’or, au milieu des chemins, la tête pâle de Saint-Jean-Baptiste ! » (« La divine courtisane », Esquisses parisiennes, scènes de la vie, p. 179).

[xiv] Des pistes intéressantes sont proposées dans l’ouvrage de Bertrand Marchal.

[xv] Il existe une première traduction qui date de décembre 1846 (Max Fuchs, T. de Banville, Fondation Thiers, 1913).

[xvi] Mario Praz, p. 258 : « L’Hérodiade de Heine eut du succès en France. Banville s’en inspira pour un sonnet de ses Princesses (1874), dont l’épigraphe est un passage d’Atta Troll ».

[xvii] Sur ce point, consulter Myriam Robic, Hellénismes de Banville. Voir le chapitre consacré aux épigraphes. Dans cet ouvrage, on pourra aussi lire les pages consacrées au mythe de Salomé (p. 275-280).

[xviii] Le choix du « Jourdain » est certainement symbolique et renvoie à une forme d’ironie tragique sachant que Jean-Baptiste avait donné le baptême à Jésus sur les bords du Jourdain.

[xix] Dans les œuvres poétiques banvilliennes, on dénombre 192 occurrences de cette fleur.

[xx] Voir Bertrand Marchal, p. 47.

[xxi] « Elle rit et folâtre avec un air badin/ Laissant de sa jeunesse éclater les merveilles » (Les Princesses, p. 251).

[xxii] S.-S. Prawer, Heine’s Jewish Comedy, p. 445.

[xxiii] Voir « À Auguste Brizeux » (Les Exilés), « À Pierre Véron » (Occidentales), « La Flèche » (Idylles prussiennes), « La Voie lactée » (Les Cariatides)…

[xxiv] [24] Voir les Camées parisiens et Mes Souvenirs.

[xxv] Max Fuchs évoque l’imitation de Heine dans Les Stalactites à propos des « pièces à refrain » et de Germania dont la préface des Stalactites serait un résumé. L’influence de Heine est également signalée pour « Le Jugement de Paris » et « La Malédiction de Cypris » au moment où est publiée la première traduction d’Atta Troll.  La Nord-See de Heine aurait enfin grandement influencé Banville dans « L’Exil des dieux ».

[xxvi] « Des chasseurs dandies vont tuer dans les Pyrénées un ours vaillant comme Achille, qui une fois dépouillé et préparé par le fourreur, devient une descente de lit envoyée à Mademoiselle Juliette, à Paris, et où cependant passent sous la lune, avec la chasse infernale, la déesse Diane et la fée Habonde, faisant sauter sur son plat d’or comme une orange la tête de Jean-Baptiste ! » (T. de Banville, Mes Souvenirs). Serait-ce ici l’image (teintée d’humour noir)  de l’orange sanguine que Banville aurait cherché à convoquer ?

[xxvii] Chez Heine, le plat s’apparente à un « saladier » (premier sens du terme Schüssel en allemand) et dévoile la dégradation du mythe que l’on retrouvera avec force chez Laforgue dans les Moralités légendaires.

[xxviii] Voir M. Praz, p. 258 : « Dans La Forêt bleue (1883), Jean Lorrain s’était également inspiré des vers de Heine pour ses portraits de Diane, d’Hérodiade et de Dame Habonde. Mais Lorrain décrit seulement “la chasse Hérodiade”, sans s’attarder sur les détails de la légende ».

[xxix] Mallarmé, Lettre à Lefébure, février 1863 : « Le peu d’inspirations que j’ai eu, je le dois à ce nom, et je crois que si mon héroïne s’était appelée Salomé, j’eusse inventé ce mot sombre et rouge comme une grenade ouverte » (B. Marchal, p. 40)

[xxx] « Flaubert comme Moreau, l’écrivain comme le peintre, et cela jusqu’à l’incantation et jusqu’à l’évocation chère aux amours coupables, Salomé la danseuse, la buveuse de sang et la fleur vénéneuse du festin du Tétrarque, Salomé et sa mère, la princesse adultère et tueuse de prophètes, Hérodiade Hérodias » (Jean Lorrain, extrait de « Les artistes mystérieux », Sensations et souvenirs).

[xxxi] « Sur ses doigts le rubis, le saphir, l’améthyste/ Font resplendir leurs feux charmants : dans un plat d’or/ Elle porte le chef sanglant de Jean-Baptiste » (Les Princesses, p. 251).

[xxxii] « Mêlant la chrysoprase et son fauve incendie/ Au saphir, où le ciel azuré s’irradie,/Et le sang des rubis aux pleurs du diamant, » (« La Danseuse », Rimes dorées, p. 203). L’artiste « Evoquera toujours la froide Hérodias/ Faisant en lourds rubis sur le plat d’améthyste/ Luire, poindre et perler le sang de Jean-Baptiste » (« Hérodias », L’Ombre ardente, p. 23).

[xxxiii] « L’Exil des dieux de Banville peuple une vieille forêt druidique des dieux de l’Olympe, et montre sous son aspect sérieux un thème poétique que Henri Heine, avec son scepticisme attendri et sa sensibilité moqueuse, avait traité plus légèrement » (T. Gautier, Histoire du Romantisme, p. 312).

[xxxiv] « Dans un cadre actuel et avec des personnages costumés en habit noir, il s’élèverait au merveilleux épique et au merveilleux bouffon. Mais que dis-je ? Ce poème existe, nous l’avons, c’est Atta-Troll, et s’il est écrit en allemand, du moins, son auteur, le Prussien Henri Heine, est Français, Français comme l’esprit même. Et dans ce puissant et amusant poème, où un Parisien fait la chasse à l’ours dans les Pyrénées, avec toutes les allures d’un dandy, il sait nous montrer le poète souabe changé en chien, écumant la marmite d’Uraka la sorcière, et le vieil ours à la fourrure rose et, sous la lune, dans le Ravin des Esprits, aux cris de Hallo et houssa ! la chasse fantastique où défilent Nemrod, Charles X, le roi Arthus, Ogier le Danois, Wolfgang Goethe, William Shakespeare et ce trio de fantômes adorables, Hérodiade, la déesse Diane et la fée Habonde ! » (PTPF, p. 131-132).

[xxxv] « Il me semble que cet excès de paganisme est le fait d’un homme qui a trop lu et mal lu Henri Heine et sa littérature pourrie de sentimentalisme matérialiste » (Baudelaire, p. 45).

[xxxvi] Yann Mortelette, « Jean Lorrain et la poésie parnassienne », Jean Lorrain, produit d’une extrême civilisation, p. 247.

[xxxvii] Ami avec Heredia et Coppée. De plus, Le Sang des dieux (1882) est dédié à Leconte de Lisle présenté comme le « maître ».

[xxxviii] Jean Lorrain, Correspondances, éd. de J. de Palacio, Champion, 2006.

[xxxix] Lorrain a dédié 7 poèmes à Banville. Ajoutons à ceux pré-cités, les poèmes suivants : « Les Captives », « La Princesse Audovere », « Fugit amor » (Le Sang des dieux), « Le Faune » (La Forêt bleue).

[xl] Banville, « L’Armoire », Les Parisiennes de Paris, p. 140.

[xli] Gautier, Le Moniteur Universel, 15 mai 1866 (cité dans Moreau par ses contemporains, Les Éditions de Paris, 1998, p. 34). Banville lui-même se réfère plus volontiers à ce tableau d’Orphée qu’aux Salomé de Gustave Moreau. Lorrain associe, quant à lui, les « têtes saignantes de saint Jean-Baptiste et d’Orphée » (Monsieur de Phocas, Paris, 1901, p. 57). Cette analogie apparaît clairement dans l’épilogue du Sang des dieux, poème dédié à Moreau : « Le Rapsode était mort ; la lyre en bois sculptée/ Gisait près du cadavre au milieu du torrent./ La Muse entre ses bras prit la tête en pleurant,/ La tête encor saignante et fraîchement coupée » (Le Sang des dieux).

[xlii] « Ainsi le peintre l’a devinée, l’a faite de rien ? Oh ! non, je me trompe, déjà elle vivait dans toutes les âmes avec tous les enchantements de la forme divine, et pour cela, pour être vue plus brillante que l’Orient, plus jeune que l’Aurore, plus femme que ne fut Eve dans le jardin des parfums, il lui a suffi d’avoir tenu dans ses mains une tête coupée, car il est si vrai que nous ne pouvons rien aimer, sinon les petites mains teintes de notre sang ! » (p. 141).

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